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Lettre ouverte à Madame Fleur Pellerin, ministre de la Culture

« Parce que le beau ne doit pas être le privilège de quelques-uns », vous avez voulu élargir le champ de recours à un architecte, je vous cite, « pour les constructions individuelles ou les lotissements, qui structurent de plus en plus les paysages de notre pays. Leurs interventions contribueront à rendre cet aménagement plus durable autant qu’à l’embellir »...

Madame la ministre, ces quelques mots sont extraits de votre discours devant l’Assemblée nationale pour présenter votre projet de loi liberté de création, architecture et patrimoine. Sachez que je vous rejoins totalement sur ce constat : le beau ne peut être le privilège de quelques-uns.

Pourtant, les dispositions de l’article 26 quater de votre projet de loi, adoptées en première lecture à l’Assemblée nationale, confisquent le projet architectural, paysager et environnemental aux professionnels du cadre de vie pour le réserver aux seuls architectes. Les lotissements ont façonné les villes et les paysages au XIXe siècle et au début du XXe siècle. Ils continuent aujourd’hui de structurer toutes les communes de France. Et tous les professionnels du  cadre de vie s’accordent à reconnaître que leur qualité doit être améliorée.

Pensez-vous, sincèrement, Madame la ministre, que réserver cette activité à une profession de manière exclusive milite en faveur de la qualité des lotissements ? Toutes  les professions du  cadre  de  vie s’en  inquiètent. Je défends, bien au contraire, l’idée que seule la pluridisciplinarité et le partage des compétences entre les architectes, les urbanistes, les géomètres-experts, les paysagistes, les aménageurs, les ingénieurs en environnement, etc. peuvent accroître durablement les standards de qualité des lotissements.

Pourquoi, Madame la ministre, avoir élaboré ces dispositions sans concertation préalable avec les professionnels du cadre de vie ? Vous déclariez voilà quelques jours dans un grand quotidien régional* : « Ma méthode, c’est la concertation pour aboutir à des mesures acceptables pour tous ». Je vous mets au défi d’aligner vos actes sur vos paroles !

Aussi, Madame la ministre, je vous demande de bien vouloir supprimer ces dispositions et vous propose, avec vos homologues des ministères du Logement et de l’Egalité des territoires, de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, mais aussi avec toutes les professions du cadre de vie, de réfléchir, ensemble, pour élever la qualité du lotissement en France et permettre ainsi au plus grand nombre d’accéder « au beau » et à la qualité de vie.

Jean-François Dalbin

Président du Conseil supérieur de l’Ordre des géomètres-experts

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*Ouest-France du jeudi 8 octobre 2015