Zéro Artificialisation Nette : interview avec Xavier Prigent, vice-président de l'OGE

France Stratégie a publié le 23 juillet dernier un rapport que lui avait commandé le gouvernement, en quête de solutions permettant d'atteindre l'objectif de "Zéro Artificialisation Nette des sols" inscrit dans le plan pour la biodiversité de 2018. L'organisme préconise en premier lieu de modifier les règles d'urbanisme pour favoriser le renouvellement urbain ainsi que la densification de l'habitat, et de renaturer les espaces artificialisés laissés à l'abandon.
Alors que la COP 25 s'achève, avec en toile de fond, les enjeux de l’aménagement des territoires, Xavier Prigent, Vice-président de l’Ordre des géomètres-experts et auteur de l’ouvrage Eco + quartier = quartier durable, revient sur les propositions des géomètres-experts pour concilier l'instruction Zéro Artificialisation Nette et les besoins de chaque territoire.

Le gouvernement affiche une volonté de réduire rapidement le rythme de l’artificialisation des sols jusqu’à atteindre l’objectif Zéro Artificialisation Nette en 2050, comment percevez-vous la démarche ?

Xavier Prigent - La démarche est louable car l'instruction du 29 juillet 2019 vise « l'étalement de l'urbanisation, lié au développement des zones pavillonnaires et à l'implantation de zones d'activités et de surfaces commerciales à la périphérie des métropoles et des agglomérations » qui « emporte des contraintes économiques, sociales et environnementales pour les collectivités et l'ensemble de la population ». Cependant, il paraît indispensable de lever des ambiguïtés sémantiques car l'artificialisation n'est pas un synonyme d'imperméabilisation. Le premier n'a pas de définition scientifique et associe une partie de sols perméables alors que le second a une définition scientifique et constitue l'atteinte la plus grave portée à la biodiversité. Je souhaite appeler l'attention, d'une part, sur le manque de connaissance en règle générale des questions d'artificialisation et, d'autre part, sur l'échelle pertinente d'étude.

Dans quelle mesure cet objectif peut se décliner pour répondre à la fois aux spécificités des métropoles et à celles des territoires ruraux ?

X. P. - Alors que l'instruction vise la périphérie des métropoles, les commentaires et les analyses publiques ont tendance à stigmatiser les territoires ruraux et la maison individuelle. N'oublions pas que le territoire national est pluriel et que la problématique est différente dans les espaces métropolitains, péri-urbains et ruraux. L'approche doit être contextualisée au territoire dans laquelle elle trouve à s'appliquer et il n'existe pas un modèle d'analyse mais des modèles adaptés à chaque typologie de territoire.

Comment peut-on concilier, selon vous, les besoins de la nature en ville et la densification des territoires ? Quelles actions pourraient venir en complément de la réduction de l’artificialisation des sols afin d’améliorer le cadre de vie ?

X. P. - Le Zéro Artificialisation Nette ne vise pas uniquement la destruction des espaces naturels et agricoles et s'inscrit dans une démarche plus ample du gouvernement, lequel s'appuie sur le plan biodiversité de juillet 2018, son document de référence. Toutefois, pour la mise en œuvre de cet objectif, il sera nécessaire de s'interroger sur la place de la nature en ville, les espaces de nature étant dans les cœurs d'ilots. Une densification trop poussée et non réfléchie des zones urbaines pourrait conduire à la disparition complète de la nature en ville. Il faut savoir mettre en avant un savoir-faire de la conception des espaces de nature à biodiversité positive afin de mettre en avant la résilience des territoires. Le paysage est aujourd'hui une façon de faire accepter la densité et il existe bien une contradiction entre le projet porté par les politiques et la réticence des services techniques qui perçoivent la nature, le paysage comme générateur de surcoût. Le débat est quasi-permanent et il faudra savoir entrainer la chaine des acteurs dans cette vertueuse dynamique.

Dans ce contexte, quel avenir voyez-vous pour la maison individuelle ?

X. P. - Revenons sur l'enjeu spécifique de la maison individuelle et l'appétence des Français sur ce mode d'habitat. Dans le sondage diligenté en mai 2019 pour l'Observatoire National du Cadre de Vie (ONCV), 80 % des français, s'ils avaient le choix, préféreraient vivre dans une maison individuelle. Elle représente une forme urbaine qui répond à des enjeux et des besoins de logements raisonnés dans les petites villes et villages, là où le besoin en logements est faible. Arrêtons de stigmatiser la maison individuelle comme vecteur de tous les maux. Elle constitue une réponse adaptée au niveau économique, social et environnemental sans forcément être associé au mitage du territoire.

Sachons profiter de la richesse émanant de la pluralité de nos territoires pour la création d'une approche urbaine contextualisée. Cette question mériterait sans doute un véritable projet politique national permettant une déclinaison locale afin d'afficher un objectif d'avenir équilibré des territoires français pris dans leur globalité et leurs diversités.